C’est au coeur d’Abobo, l’une des communes les plus populaires d’Abidjan, qu’Obin Guiako a choisi d’installer son BabyLab, un centre de formation au numérique pour les enfants du quartier. Là, ils investissent la grande terrasse de la maison familiale pour apprendre à coder et à fabriquer des jerrys, ces ordinateurs logés dans des bidons en plastique. L’art de la récup’ numérique. Certains de ces enfants sont déscolarisés. Pourtant ici, ils apprennent, toutes sortes de choses. Un nouveau langage, des algorithmes, mettre en scène des personnage, raconter leur histoire.

S’il en était encore besoin, l’exemple du BabyLab montre que le “tsunami numérique” n’a rien d’un mirage en Afrique. C’est bien plutôt une lame de fond, un mouvement dont s’emparent les sociétés africaines à tous les niveaux, re-dessinant leurs fondements, modifiant les rapports de force établis.

Obin Guiako fait partie des 80 ambassadeurs de l’Africa Code Week, une semaine dédiée à l’apprentissage du code à travers plus de 17 pays africains. Cette initiative est née de la conviction que la formation aux outils numériques et la créativité qu’elle engendre sont de véritables vecteurs d’innovation sociale et de transformation durable pour le continent.

Dans ce contexte, le code, la langue du numérique, tient lieu de nouveau sésame.

Le code, passeport pour l’emploi dans l’économie du XXI° siècle

Dans l’économie numérique d’aujourd’hui, les ingénieurs informatiques, programmeurs, développeurs, sont devenus une denrée recherchée. Et pas uniquement dans le secteur des TIC: ce sont tous les champs de l’économie qui se numérisent, en passant des PME aux institutions gouvernementales.

Les bouleversements induits par l’introduction des nouvelles technologies peuvent profiter à la jeunesse qui en maîtrise davantage les codes, à condition qu’elle les maîtrise effectivement. Frédéric Bardeau est le co-fondateur de Simplon.co, parmi les initiateurs de l’Africa Code Week. Il souligne: le code constitue un nouveau langage qui, à l’instar des langues officielles de communication internationale, gratifie son détenteur d’un pouvoir non négligeable et peut véritablement constituer un «passeport pour l’emploi».

En Afrique, ce sont 11 millions de jeunes qui arriveront sur le marché du travail chaque année durant la prochaine décennie. Sur le continent, “la contribution d’Internet au PIB pourrait atteindre 300 milliards de dollars en 2025” selon Deloitte Afrique francophone. Et d’après les perspectives d’Africa Economic Outlook, les métiers du numérique pourraient augmenter les revenus des jeunes de 40% à 200%. Dans ces conditions, pourquoi attendre avant de diffuser à grande échelle, en Afrique comme ailleurs, les e-compétences fondamentales de l’économie digitale?

Depuis 2013, Simplon.co forme les jeunes des quartiers défavorisés à ces nouvelles compétences. La pédagogie innovante de Simplon.co, qui repose sur un modèle très fortement axé sur le “learning by doing”,  avec énormément de pratique (80% de pratique/projets) et sur le travail en binôme, met véritablement l’accent sur l’expérience et le collaboratif. L’expérience, c’est bien le chaînon manquant aujourd’hui dans les parcours de formation classiques en Afrique, et c’est bien ici qu’il faut agir pour donner aux jeunes les clés de leur carrière.

Il faut bien voir que coder ne se limite pas à manipuler des 0 et des 1, confortablement installé devant son écran, loin s’en faut. Le champ des possibles s’étend bien au-delà, et s’inscrit dans un réseau qui ne connaît pas les frontières. D’une part, l’apprentissage de littératie numérique engendre l’accès à une variété d’autres compétences cognitives, des soft skills, un état d’esprit proactif recherchés par les employeurs. D’autre part, comme le souligne un jeune bloggeur sénégalais: “Ce n’est pas parce que nous sommes des bloggeurs que cela signifie que nous restons plantés derrière nos ordinateurs à ne rien faire”. Les compétences numériques sont un levier d’accélération, une voie vers l’entrepreneuriat et l’innovation.

L’essor significatif des start-up dans le secteur des TIC témoigne du dynamisme qu’il recèle et surtout des idées et innovations que les jeunes entrepreneurs d’Afrique sont en mesure de proposer en réponse aux problèmes qu’ils identifient dans leur environnement.

Les récits des jeunes entrepreneurs de l’Afrique 2.0 compilés dans l’ouvrage à paraître StartUp Lions, du tech-reporter Samir Abdelkrim, l’illustrent parfaitement: “Chaque jour des start-up trouvent, à coup d’applications mobiles, des solutions à toutes sortes de problèmes: gouvernance politique, insécurité, santé, système bancaire, agriculture, transport, éducation.”

La créativité et le dynamisme des jeunes entrepreneurs africains sont d’autant plus remarquables qu’ils se produisent dans un contexte de pénurie généralisée de biens et de services, où 16% seulement de la population a accès à Internet, et guère plus à l’électricité.  Je mets au défi nos concitoyens d’investir autant d’énergie dans la recherche de solutions innovantes dans de telles conditions… 

Mais bien plus qu’une vague d’alphabétisation numérique, le code propose une vision de la société plus ouverte et inclusive, une opportunité dont la jeunesse africaine se saisit déjà.

Le code, levier pour un développement inclusif

Décollage, émergence, leapfrogging… L’embellie africaine n’en finit plus de susciter les promesses d’un avenir meilleur. Il est désormais convenu d’affirmer que l’embellie africaine sera d’autant plus durable que l’inclusion sociale de la jeunesse, atout et force majeure du continent, sera une réalité tangible.

Avec le numérique, c’est bien une nouvelle forme de participation citoyenne qui s’amorce. Le pouvoir n’est plus isolé dans sa tour d’ivoire. La jeunesse africaine est avide de transparence, de données, d’applications qui facilitent le quotidien, des situations les plus banales aux contextes de crise, comme l’application Ushuaidi emblématique de la Silicon Savannah, en passant par des transformations en profondeur de l’administration gouvernementale grâce à la dématérialisation et l’OpenData.

Pour Simplon.co, le pouvoir égalisateur d’Internet crée les conditions d’appropriation de l’outil numérique pour le plus grand nombre, en vue d’en faire un levier d’inclusion et de démocratisation sociale. L’enjeu de l’apprentissage du code dépasse donc largement l’espace confiné du clavier et de l’écran.

Je code donc je suis

Pour Frédéric Bardeau, «la programmation informatique est le levier le plus fort pour changer des destins personnels». Cette vision doit nous rappeller l’ampleur des enjeux qui s’expriment lorsque l’on parle du code en Afrique, qui ne se limitent absolument pas au numérique.

S’il est un saut quantique que peuvent réaliser les économies africaines, tout en valorisant l’engagement de la jeunesse, c’est celui de la transition vers l’économie du savoir. Accusée d’être un « désert digital », l’Afrique recèle déjà une multitude de terminaux connectés. Le développement d’applications et la mise en ligne de contenus qui reflètent les réalités africaines, décryptent son actualité, constituent un levier majeur pour encourager la jeunesse à s’emparer de son avenir.

En saisissant l’opportunité de la création de valeur et de contenus, les pays africains réunissent les conditions d’une influence renforcée, et par là-même d’une véritable maîtrise de leurs territoires et de leurs mémoires. La formation d’une expertise africaine du numérique ouvre ainsi la voie à une transformation en profondeur du continent à vitesse grand V. Car en effet, “tout va plus vite en Afrique qu’on ne pouvait l’imaginer”, nous rappelle Samir Abdelkrim qui a sillonné le continent à la rencontre des jeunes entrepreneurs. Alors, on code?  

Johanna Niedzialkowski

http://simplon.co/